Quand j'essaie d'expliquer ma vision du monde, pourquoi je ne croit pas en l'homme, pourquoi je préfère m'occuper des arbres que des hommes, je n'arrive pas souvent à m'expliquer correctement. Et bien je vais laisser Alain Hervé parler à ma place puisque je ne suis pas très douée pour m'exprimer et convaincre...Lisez, même si vous n'etes pas sensibles à ce genre de sujets, cela ne peut vous faire que du bien...
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Observant le spectacle des extrêmes agitations de notre espèce, nous avons déjà posé la question: "A quoi sert l'homme?". Sans proposer de réponse très nette. Et puis après recherche, consultation et réflexion nous en arrivons à conclure: à rien. L'homme ne sert à rien. Oui je sais, il a inventé le téléphone portable, mais les pinguoins n'en ont rien à faire. Il a inventé la roue, mais les aubépines n'en ont rien à faire...Entre le petit trou dont il sort et le grand trou dans lequel il va tomber, comme l'observait Rabelais, il ne fait que consommer, gaspiller, détruire, prêcher l'accélération, la prédation...Il se sert.
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Se rend-il compte que la nature pourrait très bien fonctionner sans lui?
Cette créature, partie du grand pandémonium que l'évolution de la vie a répandu sur la planète Terre, semble s'y agiter au même titre que les ours blancs, les mouches, les amibes...Il semble.
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Aucun philosophe ne s'est clairement posé la question jusqu'à ce jour.
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Nous ne nous sommes jamais observés depuis l'extérieur de notre espèces, jusqu'à ce qu'avec Armstrong, et Buckminster Fuller, nous nous regardions depuis la Lune. A cette distance et avec le recul qui s'est soudain produit dans nos têtes, nous avons pu apprécier notre prolifération et les désordres dont nous sommes les auteurs. Au point de commencer à questionner notre légitimité à produire ce désordre.
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Tant qu'il restait des lions nous avons pensé que nous étions en droit de les tuer, comme le faisait encore un de nos récents présidents de la République. De même nous n'avions pas de scrupule à écraser un serpent, à pesticider des micro-organismes, à violenter la terre nourricière avec des méthodes agricoles à courte vue. Nous avons même empoisonné l'air que nous respirons, l'eau que nous buvons. Bizarre pour un être qui se prétend intelligent. Jusqu'à ce jour l'homme était un convive attablé et le reste du monde vivant devait remplir son assiette. Depuis peu, nous sommes six milliards et demi assis à la même table. Et l'homme sert à quoi? Il se sert.
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Observons les objets de son appétit. Il va jusqu'à retourner des montagnes pour en extraire une simple pierre, le diamant. Etrange satisfaction qu'une publicité vient de justement nommer "le plaisir solitaire". Il se sert.
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En termes écologiques, il menace l'écosystème terrestre dont il fait partie, alors qu'il devrait participer activement au maintient de l'équilibre dont il n'est qu'un des éléments. Trois cent millions d'hommes pouvaient se livrer à quelques facéties, sans trop de conséquences désastreuses. Bientôt sept milliards doivent se faire très discrets. Et d'urgence. Il a cochonné l'espace qui lui était attribué. Il a inventé la guerre, l'argent, les banques, la publicité, répandu des immondices partout, jusque dans les océans et jusque dans la stratosphère. Il s'est servi.
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L'homme ne s'est jamais posé la question de savoir quel rôle il joue dans l'équilibre fragile des espèces vivantes côte à côte. Avant qu'il ne mette en péril cet équilibre. Exilé au bout de la chaîne des mammifères, à mi chemin des souris et des éléphants, il semble bien isolé, comme s'il s'était lui-même exclu.
Il semble être sur le départ, comme s'il avait déjà reçu son congé. En effet il n'a pas donné satisfaction. Il s'est servi et il n'a rien rendu.
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Et cependant. On voulait sauver ce drôle si doué, lui donner une dernière chance. Il sait chanter, jouir, cultiver, féconder, planter, marcher, cuisiner...Il sait dormir, rêver...Serait-il là pour concevoir de nouveaux chants, de nouvelles danses, de nouvelles formes, de nouvelles couleurs...? Peut- être peut-il encore enchanter le monde, le servir, ne plus seulement se servir?.
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Alain HERVE - L'Ecologiste n°23.